
- La comète Hartley 2 (verdâtre à gauche) saisie au Pic-du-Midi avec un appareil photo Canon 300 mm à 2,8 90s de pose. Le double amas de jeunes étoiles de Persée était visible non loin (à droite).
- (Philippe Tosi, Jean-Luc Dauvergne, François Colas IMCCE-Observatoire de Paris-Observatoire Midi-Pyrénées)
Une visite rare
Découverte en mars 1986 par l’astronome britannique Malcolm Hartley, cette comète 103P/Hartley 2 voyage sur une orbite peu inclinée (14°) par rapport au plan écliptique du Système solaire. Elle passe, actuellement, tous les 6.5 ans au plus près du Soleil à 159 millions de kilomètres de distance (périhélie). Cela a été le cas tout récemment, le 28 octobre 2010. Comme les autres comètes de sa famille, celle-ci serait née il y a 4,6 milliards au sein de la ceinture de Kuiper au-delà de Neptune. Son orbite s’est ensuite beaucoup rapprochée du Soleil. Elle évolue sous l’influence de Jupiter, notamment. Depuis 1973, le périhélie de la comète Hartley 2 avoisine l’orbite que suit la Terre. Du coup, le 20 octobre 2010, l’astre est passé à 18 millions de kilomètres de notre planète. Jamais auparavant, la mécanique céleste ne l’avait laissé autant s’approcher ! Un tel événement est assez rare. D’ordinaire une comète frôle ainsi la Terre environ une fois par décennie seulement. C’est une occasion unique d’étudier en détail ce type d’astre vagabond avec une batterie d’instruments variés.
L’Observatoire de Paris s’implique

- Préparatif du survol du 4 novembre 2010 par la sonde Deep Impact-EPOXI : le 25 septembre, le télescope spatial Hubble a pris ce cliché de la comète Hartley 2.
- (NASA, ESA, H. Weaver / JHU APL)
Les astronomes de l’Observatoire de Paris s’impliquent dans de nombreux programmes. Au sol, ils observent avec : les radiotélescopes de Nançay (Cher), l’interféromètre du plateau de Bure et l’antenne de 30 mètres du Pico-Veleta (Espagne) appartenant à l’Institut de radio astronomie millimétrique IRAM et l’antenne de 10 mètres du Caltech Submillimeter Observatory CSO à Hawaii. Depuis l’espace aussi, ils sont impliqués dans les équipes qui ont demandé que le télescope spatial infrarouge et submillimétrique européen Herschel scrute Hartley 2 au moins de novembre. Ceci permettra de préciser la quantité de vapeur d’eau et de poussières qui s’échappent du noyau, la manière dont le phénomène évolue et l’abondance en ‘eau lourde’ hydrogène-deutérium-oxygène HDO ce qui n’a encore jamais pu être fait dans une comète issue de la ceinture de Kuiper. Jusqu’à présent, le rapport deutérium-hydrogène D/H a pu être mesuré dans six comètes originaires du nuage de Oort aux confins reculés du Système solaire. Odin, prédécesseur historique d’Herschel dans l’espace, sera spécialement réactivé pour observer le dégazage de vapeur d’eau dans Hartley 2 et suivre son évolution au cours de la rotation du noyau de durée récemment estimée de 17-18h.
Les astronomes de l’Observatoire de Paris s’associent activement à d’autres programmes de suivi de la comète : spectroscopie infrarouge, imagerie et photométrie visible. Ils sont aussi directement partie prenante à la mission EPOXI de la sonde Deep Impact de la Nasa. Le 4 novembre 2010 à 14h50 heure française, l’engin qui avait jadis survolé la comète 9P/Tempel 1 en 2005, sera conduit à s’approcher cette fois-ci de Hartley 2 à 700 kilomètres de distance. Les chercheurs attendent avec impatience les images détaillées du noyau glacé de l’astre. Elles devraient révéler des structures de moins de 10 mètres à sa surface, reflet d’une activité considérée comme variable et irrégulière.
Malgré un petit noyau de 1,4 kilomètre de diamètre, la comète est active. Les observations réalisées au radiotélescope de Nançay montrent qu’il s’en échappe près de 500 kilos de vapeur d’eau chaque seconde.
Invisible à l’oeil nu

- La comète fait la Une de l’actualité, dans la revue Ciel & Espace
- (C&E)
Pour une quinzaine de jours encore, elle se trouve à son maximum de brillance : à la magnitude 5,5 ce qui la place juste à la limite de perception à l’œil nu avec un regard de spécialiste bien entrainé. Au niveau du profane, autant dire qu’il convient de s’équiper d’une bonne paire de jumelles. La comète est un peu moins active que lors de son apparition de 1997. Pour la repérer un ciel dénué de toute pollution lumineuse est nécessaire. La chevelure de gaz est assez étendue. Son diamètre apparent dépasse celui de la Lune. En revanche, la comète s’avère pauvre en poussières. Sa longue queue, actuellement discrète, devrait se développer en novembre. C’est pendant la première quinzaine du mois, en deuxième moitié de nuit, quand la Lune est couchée, qu’on pourra la rechercher entre les constellations des Gémeaux et de la Licorne. Ensuite, la comète faiblira et s’éloignera de la Terre et du Soleil.
A écouter…
20 octobre 2010
Les comètes, ces visiteuses du soir, avec Nicolas Biver sur IDFM radio Enghien
Nicolas Biver, chargé de recherche CNRS au Laboratoire d’Etudes Spatiales et d’Instrumentation en Astrophysique LESIA, à l’Observatoire de Paris, était interrogé par Franck Menant journaliste animateur de l’émission A toi les étoiles diffusée tous les 3e mercredis du mois, de 18h00 à 19h00, sur IDFM radio Enghien. Thème d’actualité : les comètes et Hartley 2.
Jérémie Vaubaillon, de l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides IMCCE à l’Observatoire de Paris, commente l’actualité du mois de novembre pour Ciel & Espace radio.
Pour en savoir plus
Mission Deep Impact-EPOXI de la Nasa
Contacts
Les chercheurs de l’Observatoire de Paris impliqués dans le suivi de la comète Hartley 2 sont :
Nicolas Biver
LESIA
01 45 07 78 09
Jacques Crovisier
LESIA
01 45 07 75 99
Pierre Colom
LESIA
01 45 07 75 79
Dominique Bockelée-Movan
LESIA
01 45 07 76 05
François Colas
IMCCE
01 40 51 22 66
Frédéric Merlin
LESIA
